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Portrait d’Angèle – Une femme libre à vélo

Elle a travaillé plusieurs années dans une entreprise d’ingénierie ; jusqu’au jour de la remise en question : Est-ce bien ce que je veux faire ? Comment ai-je envie de me voir dans 20 ans ?
Et puis, il y avait un rêve dans tout ça : réaliser un grand voyage à vélo. Elle lance aujourd’hui son entreprise d’équipements et accessoires pour cyclistes et piétons urbains, Soundary.

Pourquoi le choix du vélo ? Qu’est-ce qu’il signifie pour toi ?

Enfant sur mon vélo, Angèle
Enfant sur mon vélo, Angèle

Née en France et issue d’une culture indienne, j’avais rarement le droit de sortir lorsque j’étais adolescente. Mais lorsque c’était possible, je prenais alors mon vélo. Avec, je pouvais aller loin, vite ; je me sentais libre. Le vélo est pour moi un vrai passeport pour la liberté et un outil d’émancipation.

Puis en 2007, j’ai lu un livre À l’école du monde”, qui est le récit d’une maîtresse d’école partie faire le tour du monde à vélo. Pendant longtemps je rêvais d’un tel voyage tout en me disant que je n’en serai pas capable physiquement. Cependant l’idée est restée dans un coin de la tête, et sept ans plus tard j’ai eu le déclic pour réaliser mon propre voyage.

Aujourd’hui je trouve que le vélo est le meilleur allié pour voyager. Tu peux aller vite tout en restant à ton propre rythme, et quand c’est trop dur tu peux pousser.

Partir seule, comment as-tu trouvé le courage d’oser franchir le pas ?

L’idée de ce projet est venue d’un moment difficile où je remettais en question plusieurs aspects de ma vie. J’avais comme projet de réaliser ce type de voyage en duo, mais personne dans mon entourage ne pouvait m’accompagner durant la période choisie. J’ai donc décidé de partir seule. À partir du moment où la décision de partir en solitaire est prise, il apparaît l’envie de se prouver que l’on en est capable. Au fur et à mesure que j’organisais ce voyage, l’adrénaline et le stress montaient. Après dix mois de préparation, ce fut un vrai soulagement et un sentiment de liberté que de pouvoir enfin pédaler !

Pourquoi l’Amérique latine?

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Fourmis, Angèle

Je voulais commencer mon voyage en janvier 2014 pour une durée de cinq à six mois. Mon rêve était de parcourir la route de la soie, mais au fil de mes recherches j’ai compris que ce ne serait pas possible. La distance impose un minimum d’un an pour parcourir cette route en prenant le temps, puis il aurait fait trop froid en Asie centrale au mois de janvier.

Il fallait revoir ce projet avec une destination où la météo était plus clémente. Pourquoi pas l’Amérique du sud puisque les saisons sont inversées ? Je garde la route de la Soie pour un projet futur…

Comment se sont passés les préparatifs ? Comment a réagi ta famille à l’annonce de ce voyage ?

J’ai travaillé dix mois environ afin de préparer cinq mois de voyage. J’ai eu la chance d’habiter à Montréal à cette période, avec un très bon réseau d’amis qui m’ont toujours soutenu.
Deux mois seulement avant mon départ, j’avais prévenu mes parents d’un voyage en Amérique du Sud, mais c’est une fois arrivée à Bogota, que je leur ai montré sur Skype mon vélo et mes sacoches. Désormais rien ne pouvait me faire changer d’avis, j’étais partie.

Au final, les préparatifs auront été pour moi la partie la plus difficile du voyage.

Je n’ai pas pu, par exemple, tester correctement mon matériel avant le départ car il y avait trop de neige dans les rues de Montréal. C’était aussi mon premier voyage seule alors je doutais beaucoup : serais-je capable de tout porter ? De monter la tente en toutes circonstances ? Vais-je soutenir l’altitude ? Vais-je réussir à  communiquer ? Et puis il y a les images négatives transmises par les médias à propos de pays tels que la Colombie qui ajoutent de la peur. Ces peurs-là sont un ensemble d’inconnus sur l’équation.

Finalement lorsque le voyage commence, les doutes des préparatifs disparaissent. Tout devient réalisable.

Raconte-nous un peu de ton voyage…

Dans les grandes lignes, le voyage se faisait entre Bogota et l’ile de Pâques, en passant par la cordillère des Andes : Bogotà, Quito, Cuzco, Mendoza, Santiago de Chile et finalement l’ile de Pâques.

Grenouille poison, Angèle - vélo et liberté
Grenouille poison, Angèle

Avec ce voyage, je voulais avant tout me faire plaisir, visiter des sites qui me faisaient rêver, et donc ne pas forcément tout faire à vélo vu le temps disponible. Par exemple, je voulais vraiment voir Cuzco et surtout ne pas m’écarter des montagnes.

Je voulais voyager lentement et aussi récolter des souvenirs lentement. J’avais pris la décision de prendre un appareil photo argentique et un carnet d’aquarelle. Le dessin était une manière d’exprimer le voyage au delà des mots et du “tout photo”. Puis c’est devenu un moyen simple et sincère de nouer des relations avec les gens qui étaient curieux de voir mes dessins. Et surtout, c’était les seuls cadeaux matériels que je pouvais faire aux personnes que je rencontrais sur la route. Durant un tel voyage on reçoit énormément, c’est  important de pouvoir donner aussi à son tour.

Un moment fort ?

Un des moments les plus forts du voyage aura été le trajet entre RioBamba – en Équateur, en dessous de Quito – pour aller à Macas – à l’est de la Cordillère : une difficile ascension de 700 mètres, un sommet à 3600 mètres et pas de cartes précises. Je pensais la montée douce, et ça n’a pas été le cas… Je me suis arrêtée pour poser ma tente dans un ancien centre de vacances déserté, un endroit vraiment très glauque et sale. Seule dans la forêt dense, j’étais poisseuse à cause de l’humidité dans l’air et le bois était trop mouillé pour allumer un feu. Et lorsque je repars le lendemain, un épais brouillard se formait empêchant toute visibilité à 10 mètres …

En haut, le brouillard se dissipe, une descente de 70 km s’annonce et une pluie tropicale arrive. Trempée, je suis constamment sur les freins car le moindre gravier est un obstacle dangereux. Mais le paysage était tellement magnifique que ça en valait la peine.

C’est un moment qui restera à jamais gravé dans mon esprit parce que c’était beau, parce que c’était dur, et que parce que je l’ai fait !

Quelques conseils et astuces à propos du voyage à vélo en Amérique Latine ? Quel est l’accessoire indispensable à prendre selon toi en voyage ?

Sans hésitation il faut des applications telles que Galileo et Topoprofiler pour préparer sa route. Découverts après deux mois de voyage, je pouvais enfin de calculer correctement les routes à prendre et leurs dénivelés. J’aurai aimé les connaître bien avant…

Ensuite il y a deux accessoires qui ont marqués m’ont voyage. Tout d’abord mon couteau Opinel. Là-bas, mon couteau pliable a suscité beaucoup d’intérêt, notamment auprès des hommes. C’était un sujet de discussion facile qui fascinait nombre de montagnards.

Puis il y a aussi ma montre aux aiguilles phosphorescentes. Seule dans la tente, et réveillée constamment par tous les bruits de campagne, cela me rassurait de pouvoir regarder l’heure à n’importe quelle heure de la nuit.

Ce sont d’ailleurs aujourd’hui deux accessoires sentimentaux que je garde tout le temps avec moi.

Aujourd’hui, avec le recul, qu’est-ce que ce voyage t’a apporté ?

En étant seule et confrontée à des situations hors routine, on est obligée de se dépasser alors qu’on ne pensait pas en être capable.

Ce voyage a élargi mon champ de vision. J’ai réalisé ce voyage dont je n’étais pas sûre, j’ai su faire en sorte que tout se passe bien en suivant mon instinct. J’ai gagné en confiance personnelle, ce qui m’a permis d’imaginer mon projet actuel d’entrepreneur. Finalement, cette expérience m’a permis de réaliser que si je voulais quelque chose j’étais capable de le faire.

Et justement l’idée de Soundary, cette entreprise que tu créés aujourd’hui est venue d’où ?

logo soundaryL’idée est partie d’un besoin personnel : il n’y a pas d’accessoires urbains cyclistes permettant de transporter ses affaires au travail qui soient vraiment design et pratiques. De plus, je crois profondément à des villes plus apaisées, aider d’une manière ou d’une autre à ce que les citadins utilisent le vélo en ville… Alors l’idée de créer des accessoires design et conçus pour les “commuter” me permettait de répondre à toutes ces envies.

Aujourd’hui, je crée une marque mettant le design au cœur de ce projet pour imaginer des accessoires pratiques pour le cycliste et le piéton, et qui amènent de la visibilité au cycliste vulnérable sur la route. Tout cela a amené à SOUNDARY, une marque haut de gamme qui revendique le made in France, et le “made with passion” !

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